Revue de presse
Le Monde: Quand l'énergie solaire prend l'eau - (25/05/2011)
Article paru dans le Monde, le 3 mai 2011.
Quand l'énergie solaire prend l'eau
Après les toitures et les prairies, les panneaux solaires pourraient bientôt tapisser...
les lacs et les étangs. Sous le soleil provençal de Piolenc (Vaucluse), commune
viticole de 5 000 âmes, la société nordiste Ciel et Terre vient de déposer un permis
de construire pour couvrir de 120 000 m2 de cellules photovoltaïques un plan d'eau
de 50 hectares. Une première. Sur le papier, cette centrale flottante affiche une
puissance de 12 mégawatts (MW) et une capacité de production de 16 000
mégawattheures par an. Plus de deux fois la consommation de Piolenc.
Pourquoi diable faire prendre l'eau à l'énergie solaire ? "L'espace disponible est
très rare : le gouvernement veut éviter l'utilisation des terres agricoles, déjà
grignotées par les routes et l'urbanisation, les espaces naturels sont intouchables :
il faut chercher des alternatives", explique Bernard Prouvost, dirigeant de Ciel et
Terre. Pour la société, l'avenir est dans les lacs : bassins de carrières, retenues de
barrages, piscicultures, stations d'épuration... La société étudie quatre autres
projets en France, d'une puissance totale de 35 MW.
Pour l'heure, seul un prototype de 150 m2, hérissé de 64 panneaux
photovoltaïques, flotte au milieu du bassin de Piolenc, module de base du futur
radeau solaire. La structure de métal et de plastique, brevetée, est "démontable et
recyclable", souligne M. Prouvost. L'archipel de 40 000 modules photovoltaïques,
de transformateurs et d'onduleurs devra encaisser un vent puissant, des vagues et
des variations de plusieurs mètres dans ce lac creusé au bord du Rhône, dont il
absorbe les crues.
Un pari pour la commune de Piolenc
Quid de la vie lacustre, une fois posé ce couvercle ? "Le dispositif est placé au
centre du bassin, à bonne distance de la faune qui se développe dans les
roselières, sur les berges", assure M. Prouvost. Surtout, la biodiversité serait limitée
dans ce lac de carrière d'où l'on extrait encore quantité de graviers.
Pêcheurs, rameurs et promeneurs n'ont pas plus à se plaindre, selon la
municipalité : "Un autre lac de carrière a déjà été aménagé en base de
loisirs",explique le maire, Louis Driey. De l'éclairage public aux éoliennes, cet
écologiste divers droite a engagé sa commune dans le combat des économies
d'énergie et des énergies renouvelables. "La ville soutient fermement le projet, et la
demande de permis a été précédée d'un gros travail avec les services de l'Etat",
insiste l'élu. La commune joue gros : sa convention avec Ciel et Terre doit lui
rapporter, dès raccordement de la centrale au réseau, pas moins de 800 000
euros.
Mais plus que le permis de construire, c'est l'avenir de la filière solaire française qui
fait peser l'incertitude sur cet investissement de 35 millions d'euros. Les projets de
plus de 100 kW sont désormais soumis à des appels d'offres de l'Etat, annoncés
pour l'été. Rien ne garantit que les centrales lacustres seront compétitives...
Grégoire Allix